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A la rencontre de France Normand-Plessier, secrétaire générale d'Adebiotech

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France Normand-PlessierFrance Normand-Plessier se bat depuis de nombreuses années pour le développement des biotechnologies. Depuis 2000, elle agit au sein de l'association Adebiotech dont elle est la Secrétaire Générale. Elle nous parle ici de son parcours, de son association, et nous fait partager son regard sur l'état des Biotechs en France…

 

 

 

 

France, vous avez eu une vie professionnelle très riche avant votre arrivée à Adebiotech. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

France Normand-Plessier : Il est vrai que j'ai eu l'opportunité d'exercer une variété de métiers dans ma carrière. Biologiste de formation, j'ai démarré en tant que professeur de Sciences naturelles. Après une thèse en Biochimie, j'ai occupé le poste de Chef des Informations pour le journal La Recherche, puis pour Biofutur dont j'ai été la co-fondatrice. J'ai également été un temps fonctionnaire! Chargé de mission pour les sciences de la vie au Ministère de la Recherche, j'ai animé des Comités d'experts, et eu la chance de participer à la rédaction des premiers rapports sur les biotechnologies (Rapports Pelissolo et Gros-Jacob-Royer).

En 1986, j'ai intégré le groupe Sanofi. J'y ai passé quinze années au cours desquelles j'ai eu en charge les relations avec la Recherche Publique, le suivi juridique et réglementaire des Biotechnologies, ou encore la Représentation de Sanofi auprès de l'Union Européenne (EFPIA). J'étais en quelque sorte "Madame Biotechnologie" !

Depuis 2000, suite à la fusion de Sanofi-Synthélabo et mon départ en pré-retraite, je mets bénévolement à contribution mon temps, mon expérience et mon énergie pour le développement des biotechnologies.

Vous êtes aujourd'hui Secrétaire Générale d'Adebiotech. Comment est née cette association ?

F.N.-P. : Adebiotech (anciennement Comité Adebiotech) a été créée officiellement en 2007. L'association est née de l'intégration en 2004, d'ADEBIO (Association pour le Développement des Biotechnologies) au Comité Biotech de la Société de Chimie Industrielle (SCI, aujourd'hui FFC), branche française de l'European Federation of Biotechnology (EFB).

Adebiotech reprend la philosophie d'ADEBIO qui au moment de sa création, il y a 25 ans, se voulait déjà un think tank entre la recherche publique et l'industrie. A l'époque, il existait des Sociétés Françaises de Biochimie, de Microbiologie,… Mais lorsque la biotechnologie à fait son apparition, des chercheurs ont manifesté le besoin d'une structure transdisciplinaire regroupant tous les secteurs et les acteurs de la biotechnologie. L'action d'ADEBIO et aujourd'hui d'Adebiotech s'est toujours inscrite dans cette logique.

Comment définissez-vous la mission d'Adebiotech aujourd'hui ?

F.N.-P. : Adebiotech est un véritable "think tank" des Biotechnologies qui regroupe des industriels, des académiques ainsi que des représentants des pouvoirs publics nationaux et des organismes régionaux. Notre objectif est de valoriser les Biotechnologies et leurs applications en France, et soutenir les liens avec l'Europe et l'International. Nous menons pour cela diverses actions : organisation de réflexions scientifiques sur des sujets à forte évolution ou implication sociétale, réalisation d'études, mise en place de partenariat, actions sur la formation et l'emploi, mise à jour de la base de données "Biotechnologie France"…

Actuellement, Adebiotech compte 150 à 200 adhérents. L'association est entièrement autofinancée.

Après toutes ces années de "militantisme", quel regard portez-vous sur l'état des Biotechs en France et à l'International ?

F.N.-P. : On parle beaucoup des Biotechs, ce qui est une bonne chose. Cependant, il n'y en a que pour les boîtes qui développent des molécules pharmaceutiques. On ne parle pas assez de toutes les autres, qui sont aussi importantes qu’Amgen ou Genentech. On retrouve des entreprises de Biotech également dans le secteur du diagnostic, de la cosmétologie, de l'agroalimentaire, de l’environnement et surtout dans les prestations technologiques et scientifiques,…

Il y a aujourd'hui en France autour de 1000 sociétés dans le domaine des Sciences du Vivant. Un tiers est composé des entreprises qui mettent au point des molécules "médicament", un autre tiers comprend les prestataires de services scientifiques et technologiques, et le dernier tiers regroupe les entreprises qui offrent des activités "support" (bioinformatique, biomatériaux, équipementiers,…). Les Biotechs, ce sont aussi toutes ces sociétés, il ne faut pas l'oublier!

Par ailleurs, la France a pris beaucoup de retard car elle n'a pas assez intégré l'importance des biotechnologies comme outil de développement. Il n'y a pas eu de volonté politique, et donc pas d'investissements en comparaison à ce qui s'est fait en Allemagne, en Angleterre ou en Suisse. Les banques sont très frileuses lorsqu'il s'agit de prêter de l'argent. La biotech a mauvaise réputation car c’est soi-disant toujours long et cher, ce qui n’est pas vrai.

Des progrès ont été faits comme par exemple, la mise en place du statut "Jeune Entreprise Innovante" (JEI), la loi Allègre ou encore le Crédit Impôt Recherche (CIR) – quoi que ce dernier sert plutôt les grosses entreprises - ; mais finalement, plus de 20 ans après le rapport Gros-Jacob-Royer, les choses n'ont pas beaucoup avancé…

Je terminerai en disant qu'il nous faut de l'argent, davantage d'entrepreneurs, ainsi qu'un grand leader qui puisse parler directement aux décideurs politiques, aux grands patrons, … un leader qui puisse plaider la cause des biotechnologies dans toute sa globalité.

Propos recueillis par Laetitia Mendes, octobre 2009